2008

A propos de la masturbation féminine, par Steph

Jean Pierre DAO

Publié le 13 mai 2008

Secrets de femmes

Article publié en 2008. Le contenu peut refléter l'état du marché à cette époque ; certains produits cités ne sont plus disponibles.

A propos de la masturbation féminine

Un article de fond sur la masturbation féminine ? Rien que ça ? Et pourquoi sur la masturbation féminine ? Parce que je suis une femme ? Etant une femme, suis-je sensée connaître les femmes dans leur globalité, bref, LA femme dans sa spécificité et LES femmes dans leurs ressemblances ? J’ai déjà bien du mal de me connaître moi-même, alors les femmes…

Soit, un article sur la masturbation féminine, je m’y attelle dès que je peux, parce que, il faut bien le dire, je n’ai que deux mains…

Si l’on commençait par de l’étymologie, une petite référence au latin est généralement le passage attendu… masturbatio, de manus la main et stupratio action de souiller. Disons le tout de suite, le sexe, c’est sale. Donc, chez la femme, le sexe est une poubelle mal fermée. Imaginez un handibag avec des liens qui ne coulissent que jusqu’à un certain point dans laquelle on puise la main. Vous avez un haut-le-cœur, c’est normal, c’est voulu. Il faut bien vous décourager de cet acte ignoble.

Toute ressemblance avec la masturbation est fortuite, mais je m’interroge tout de même sur l’expression “être pris la main dans le sac”, surtout en cas d’adultère. “Ciel, mon mari !” et l’autre, l’amant, pour sa défense : “Mais, ce n’était que la main !”

Faut-il néanmoins y mettre la main ? Le mot manus me semble mal choisi. Que celles qui acceptent la main entière la lèvent. Un doigt peut suffire. Une main sur un clitoris, cela manque de précision, alors qu’un doigt se transforme en baguette magique. Un doigt habile dans le vagin vaut mieux qu’une main inerte, surtout qu’il faut pouvoir rentrer cette main et que ce genre d’exercice relève plus du concours de la plus grande dilatation que d’une caresse spontanée. Et quant à mettre plus d’un doigt par derrière, autant dire que l’aventure nécessite un peu de doigté.

J’ai enfin trouvé le sujet de mon article de fond : la déconstruction du mot masturbation.

Pour la main, c’est déjà un échec. Un doigt suffit. Et même, si l’on en croit des sondages parus je ne sais où (je devrais être plus précise dans mes sources, je vous l’accorde, mais je certifie, main levée, que je l’ai lu), la pomme de douche pourrait habilement remplacer la main. Pratique, avec une pomme de douche, il ne s’agit plus de souiller mais de laver. Voici comment l’étymologie d’un mot tombe en lambeaux. Et avec les vibromasseurs et stimulateurs, ces petits objets qui fourmillent ou tout objet qui se place subrepticement, ou pas d’ailleurs, à la place d’un doigt réduisent à néant ce manus qui s’accrochait en tête de mot.

Reste à nous attaquer à la souillure. Mais est-ce la main qui est souillée par le contact du sac ou la main qui peut souiller un sexe qui ne serait pas sale ? C’est toute la question épineuse du génitif objectif ou subjectif. Vous ne suivez pas ? Rien d’alarmant, je reprends. « La peur de l’ennemi » Qui a peur ? L’ennemi suscite-t-il la peur ou la ressent-il ? Est-il sujet ou objet de la crainte ? La souillure est-elle celle produite ou reçue par le sexe ? Est-ce que la main ne pourrait pas infecter, contaminer ? L’hygiène n’est peut-être pas là où on l’attend. La vulve n’est pas à l’abri d’une culture de mycoses semée par une main pas très propre.

Si le sexe n’est pas sale -tout orifice n’est pas spécialement une fosse à ordures !, si la main n’est pas requise, la masturbation et tout son passé d’interdits et de connotation négative n’a pas lieu d’être. La boucle est bouclée.

Je vais peut-être un peu vite en besogne.

Avant d’en finir avec la masturbation féminine, un autre sujet me vient à l’esprit. S’interroge-t-on sur le propriétaire de la main -ou du doigt ? Car la masturbation est, semble-t-il, perçue comme une pratique solitaire : Cléo, héroïne du roman J_e ne m’ennuie jamais toute seule_, s’enferme pour mieux se servir de ses doigts ou de son vibromasseur. La main et le sexe sont d’une seule et même personne. La femme est seule et s’applique, seule, à trouver le cheminement vers l’orgasme.

Et si la masturbation était aussi une pratique de couple ? La main de l’un sur le sexe de l’autre et réciproquement ? Ou encore sa propre main sur son propre sexe, devant l’autre, spectateur prêt à intervenir ou spectateur consentant à voir se dérouler le spectacle sans lui, voire spectateur dans l’impossibilité d’intervenir parce que vous lui aurez lié les mains. Je ne parle même pas de la masturbation devant caméra, à destination de l’absent qui pourra ensuite visionner la scène. La masturbation prend alors une tout autre dimension.

Il n’y a pas donc pas une masturbation mais des formes de masturbation. Le principal étant de trouver la ou les siennes.

Certes, ce n’est pas un article de fond, la gymnastique me semblait trop difficile. Mais au fond, dans la masturbation, le plus important se tient peut-être moins au fond qu’en surface.