Comment Neoplaisir m’a réconciliée avec le canard (je jure que j’étais contre)
Je suis une femme aux principes plutôt solides, en général. Mais les convictions les plus véhémentes ne résistent pas à un examen objectif des faits, et je conviens de bonne grâce qu’il m’arrive de défendre des points de vue… peu défendables.
Sauf pour le canard, contre qui j’ai livré un combat sans merci.
Je haïssais le canard. Le canard, c’était mon ennemi juré, le sex-toy maudit parmi les maudits. Sur mon blog, je le raillais sans pitié, et je lui maintenais la tête sous l’eau avec délectation : ce jouet me paraissait tellement nul qu’il méritait cent fois ce que je disais de lui, pfff…
Alors autant dire que le canard en a pris pour son grade (en vérité, il en a pris plein la gueule, mais j’essaie de surveiller mon langage, je ne suis pas chez moi) ; sans compter que dans l’euphorie de me découvrir soudain vraie bloggeuse lue par des vrais gens dans la vraie vie, je me suis complètement lâchée : oui, je suis allée jusqu’à promettre que même pas en rêve ce volatile minable s’approcherait de ma bonbonnière.
Tout était donc parfait et je me rengorgeais à plaisir, confortablement installée dans le mépris du canard, lorsque je reçus un mail très aimable du bigboss de Neoplaisir. C’est alors que j’ai découvert un nouveau genre de business man, à savoir le business man honnête et galant, qui ne cherche ni à se faire de la pub sur le dos des bloggeuses pauvres, ni à te fourguer un deal indécent en collant des gonzesses à poil sur tes pages, ni à s’enrichir sur ton dos. Non, le business man honnête et galant, il t’écrit juste pour te dire « j’aime beaucoup ce que vous faites », et pour te remercier du plaisir qu’il a ressenti à te lire, il te fait un cadeau.
Euh… Elle est où l’arnaque ? Nulle part. Y a pas d’arnaque avec ce genre de gars. Même en cherchant bien, même en lui faisant subir un interrogatoire serré, même en lui faisant croire que tu as les moyens de le faire parler, tu n’en tires rien : il confirme avec une désarmante bonne foi qu’il a juste envie de te faire plaisir, et qu’il va donc t’offrir un petit cadeau.
Et va savoir ce qui m’a traversé l’esprit ce jour-là, non seulement je l’ai cru, mais en plus j’y suis allée au culot : « Bon, Monsieur le business man honnête et galant, je te trouve très gentil, mais si je peux pousser le bouchon encore plus loin, je peux le choisir, mon petit cadeau ? Parce que si je peux choisir, eh bien j’aimerais… Un canard ».
Oh merde, j’ai bien dit « un canard » ? Moi, j’ai dit « canard » ? Ouais, j’avais demandé un canard.
Et j’ai reçu un canard. Le canard a fait son entrée dans ma vie dans un packaging hyper soigné : papier de soie au bruissement délicat, boîte ovale super classe… Franchement, j’ai l’habitude de m’acheter des toys, mais là c’était la première fois qu’en ouvrant un colis je n’avais pas l’impression de déballer une pièce détachée de bagnole ou du matos informatique. Parce qu’en général, l’emballage manque lourdement de glamour ou de piquant, ce qui est le comble dans ce commerce. Mais pour le coup, ce canard même pas déballé commençait déjà à me séduire, rien qu’à sa façon super élégante de nicher dans un frou-frou soyeux.
J’ai ôté le papier de soie, j’ai soulevé la boîte et là, j’ai découvert le Ducky de la Mort : une splendeur ! Taille maxi déjà, pas le petit truc pourrave qui te fait penser à un hochet 1er âge pour gamins en crèche et risque fort de te mettre mal à l’aise au moment de l’utiliser… Non, ce canard-là, c’est un vrai jouet de grande, aucune confusion possible, la symbolique est vraiment très claire. Donc grand, noir, fourrure autour du cou, strass Swarosvki sur le bec, c’est pas compliqué, ce canard c’est juste la classe.
Au toucher, il est encore plus séduisant : lisse et doux, il te promet au minimum de ne pas offenser ton petit bijou, et au maximum de joyeuses glissades aquatiques.
J’ai été prise au piège par le canard. Moi, la guerrière anti-Ducky, la passionaria des sex-toys décalés, la snobinarde du polissage de bonbon, j’étais en extase devant le canard. Bon, noir, le bec strassé, mais un canard quand même.
J’ai honte. Mais il parait que c’est bon, la honte.
Alors le canard et moi, on milite maintenant main dans la main, vibrant de concert pour la basse-cour coquine.
Y a que les imbéciles qui changent pas d’avis. Non mais.
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