2010

Concours de récits érotiques - récit 30 - auteur : Galstar

Stephanie

Publié le 13 février 2010

Concours de récits érotiques de la Saint-Valentin

Article publié en 2010. Le contenu peut refléter l'état du marché à cette époque ; certains produits cités ne sont plus disponibles.

Concours de récits érotiques de la Saint-Valentin

Une soirée d’espérance

    Si c’est sombrer dans la folie que de perdre la raison en entendant la profession de foi d’une femme magnifique lorsqu’elle renonce à l’amour, alors je suis devenu fou.

    Si c’est aimer passionnément que de s’abandonner sans réserve aux caprices de l’être dont je ne peux plus me passer pour vivre, alors je connais la passion.

    Et si de cette folie amoureuse peut naître la seule chose qu’elle puisse accepter de moi… alors mon esprit est prêt à plier au moindre de ses souffles.

    En fait, il a déjà plié… Et je vais vous conter comment.

    C’était arrivé quelques mois plus tôt. Une banale discussion au retour du déjeuner avait pris soudainement une très étrange tournure. Une rupture amoureuse difficile? Des camarades en parlent entre eux. Une mise à distance des personnes de l’autre sexe? Un être blessé en parle à ses prétendants. Un désir d’enfanter seule? Personne n’en parlerait à un simple collègue. Alors pourquoi venait-elle d’énumérer tout ceci à moi qui était nouveau père? Ce fut Un coup de tonnerre dans les cieux. Aucune répartie spirituelle ne me vient à l’esprit. Pas plus qu’une question sur ce qui pouvait la pousser à ce choix. Depuis des mois je voyais cette jeune femme rayonnante errer au milieu des hommes qui travaillaient avec elle. Se jouant de leurs regards, tantôt flattée, tantôt agacée, mais le plus souvent épuisée par les émotions que sa nature passionnée lui imposait depuis sa dernière rupture. Connaissant sa nature dynamique, je croyais qu’elle se reconstruirait rapidement, que le besoin de tendresse qui émanait d’elle à chaque instant finirait par s’assagir et se transformer en une nouvelle motivation pour se trouver un amant qui ne soit pas de passage. Mais rien ne m’avait préparé aux mots que cette femme, aimée et respecté, m’avait jeté à la tête. Mon esprit venait de se briser sans avertissement ni rémission. Je me dérobais pourtant et malgré cela il restait après quelques heures une violente émotion qui m’assaillait à chaque instant, me changeait, me transformait, me dévorait. Au point de ne plus pouvoir ni la regarder dans les yeux, ni lui parler après quelques jours… Au point de vouloir l’accompagner dans son projet après quelques semaines.

    Des mois plus tard, un certain malaise réciproque nous avait assez éloignés pour ne plus supporter d’être simplement en présence. Le hasard des affectations était alors une justification bien pratique pour ne pas avoir à nous expliquer davantage. Et la messe aurait été dite s’il n’y avait eu mes sentiments… Ces fichus sentiments qu’il m’était impossible d’ignorer même si je continuais d’aimer ma compagne. Ces maudits sentiments qu’une vie de raison ne pouvait endiguer et qui pouvaient faire commettre toutes les folies. Y compris de la retrouver sur son domaine… dans ce lieu en permanente évolution où elle s’est taillée un modeste territoire… la toile, le web, le net. Nommez comme vous voulez ce milieu où tout est changeant au-delà de l’écran, illusoire et terriblement réel quand vous savez en décrypter les arcanes… ou que vous connaissez les deux facettes d’une personne qui cache ses blessures sous une apparence de force. Même les fières amazones ou les blondes walkyries utilisent le mystère pour masquer leurs faiblesses. C’est une des règles de base pour une guerre et l’amour est une. Une guerre où l’on ment… Une guerre où l’on triche… Une guerre que l’on espère être deux à gagner… Mais qu’en aucun cas il ne faut perdre une fois de plus au risque d’en souffrir. Et je ne voulais plus souffrir. J’ai triché, j’ai porté une identité virtuelle : Ku Kaïzi le commentateur. J’ai menti, j’ai laissé croire que je ne la connaissais pas : Mle. Lee la blogueuse. J’ai gagné sa confiance? Je ne l’ai jamais cru assez sotte pour ne pas finir par me reconnaître. Elle était même très loin de l’être. En tout cas je n’aurai pas voulu la retrouver sans qu’elle en ait au moins une vague idée, et les femmes sont, dit-on, plus fines que les hommes. Ce fut d’ailleurs étrangement facile de préparer notre rencontre. Nous nous sommes donc retrouvés… masqués. C’était un soir de grande fête populaire comme il s’en produit si souvent. En tout cas assez grande pour que deux amants puissent se noyer dans la foule parisienne en oubliant leurs vies et le reste du monde. Nous étions chacun porteur de deux enveloppes. Curieusement, elles contenaient un témoignage de nos passés à mes yeux et une promesse d’avenir aux siens. Le rendez-vous était pris sur une esplanade dans l’alignement des Champs Elysées. Les cartons peints de nos masques dissimulaient le haut de nos visages, de courts voiles cachaient nos bouches et nos joues, des écharpes de soie reposaient sur nos épaules, des capes et des chapeaux parachevaient nos déguisements.

    Nous connaissons toutes et tous ces moments d’espoirs mêlés d’angoisses qui précèdent les évènements amoureux. N’ai-je rien oublié? Vais-je lui faire bonne (nouvelle) première impression? Sommes-nous prêts? N’ai-je pas trop présumé de mon charme épistolaire? Les souvenirs seront-ils une barrière? Que pense-t-elle réellement de tout ça? Et pourtant à chaque fois se produisent les mêmes phénomènes pendant les quelques instants qui précèdent l’arrivée… tout notre esprit se plonge dans la recherche de l’Autre, fouillant du regard, guettant le moindre appel de notre pseudo, craignant d’avoir déplu, d’avoir été piégé ou encore qu’un incident désastreux ait empêché l’objet de nos désirs de venir. Mais non, elle était bien là. Attendant tranquillement. Aussi élégante qu’elle savait l’être, une queue de cheval blonde s’échappant de son couvre-chef,  féminine malgré ses pantalons, la taille bien découplée, l’attitude rêveuse. A m’attendre. Je tremblais à la seule idée que j’étais près d’elle et que je pouvais bientôt revoir ses merveilleux yeux gris tachetés d’or. Enfin presque les voir avec ces maudits masques dans cette lumière de fin d’après-midi. Allais-je tourner de nouveau les talons et m’excuser de ne pas être venu? Non! Je ne fuirais plus, devant rien, pour aucune raison. C’est à cet instant qu’elle changea d’une posture statique à une autre plus tonique, traduisant ainsi qu’elle m’avait remarqué. Je m’approchais d’elle pendant qu’elle me faisait face… un instant de flottement… déchiré par des “Bonjour” se chevauchants, suivis de maladroits “Je me présente: Ku Kaïzi” “Mle. Lee, ravie de te… rencontrer après tout ce temps”. Et nos voix ne sonnaient plus comme avant, elles étaient hésitantes, troublées, vibrantes d’émotions. Je savais pourquoi j’étais dans un tel état, mais elle? Elle habituellement si forte quand elle était décidée, quant à ses choix, je la retrouvais aussi fragile que lorsqu’elle évoquait son besoin de se reconstruire. Pourquoi m’avait-elle fuis alors? Nous commençâmes notre promenade en discutant pendant plusieurs heures de nos goûts littéraires et musicaux, de nos histoires récentes, de nos projets, de nos blessures, de nos défauts, de nos valeurs; le tout sur un ton enjoué et léger, esquivant chaque référence à nos amis, à nos familles, à nos connaissances communes, tournant l’un autour de l’autre. Nous jouâmes à chercher nos regards, à deviner nos courbes à travers ses vêtements ou à sentir son parfum (il émanait d’elle une délicate odeur sucrée, elle qui n’en porte jamais d’habitude).

    La fidélité ne fut évoquée que tard dans la soirée, autour d’un verre de jus de fruit exotiques. Il y a quelques mois, si assister un couple d’amis à avoir un enfant était un choix personnel et pas une trahison envers ma compagne, cela l’était bien en assistant une femme seule; j’avais évolué depuis, beaucoup évolué, au point de comprendre un tel choix même s’il comporte d’énormes risques. A la même époque, aimer une seconde personne était une infidélité impardonnable à ses yeux; elle me fit comprendre qu’elle aussi avait évolué, qu’elle avait assimilé qu’il y avait plusieurs façons d’aimer et d’être aimée. Elle me confia qu’elle ne tolérait plus d’être vue comme un coup facile ou un second choix, mais qu’elle ne voulait plus prendre le risque de se lier à un homme qui la blesserait encore en la quittant. Elle déclara ressentir une forte envie de changement dans sa vie, d’avoir un enfant et de choisir de partager cette responsabilité avec une personne de confiance si nécessaire. Le motif de notre mésentente et de cette nouvelle rencontre venait d’être abordé. Nous réglions rapidement notre consommation et partions silencieusement en direction de sa station. C’était la première fois depuis nos retrouvailles qu’un silence persistait ainsi. Nous voulions savourer pendant encore quelques moments la simple présence de l’autre. Ces enveloppes décorées d’un sobre APHP nous brûlaient les poches, pourtant nous n’osions prendre l’initiative de les en sortir. Nous savions tous les deux qu’une fois ouvertes, nous saurions si cette rencontre allait à sa conclusion, que rien d’autre ne compterait plus, que rien ne nous arrêterait plus, ni nos personnalités, ni nos loyautés, ni le regard de nos familles, nos amis, nos collègues… qu’il ne resterait qu’un désir assoiffé de l’autre et de son corps. Je voulais me donner, m’offrir complètement, mais pas sans résistance, pas sans avoir joué d’abord avec les envies de celle qui m’avait fait souffrir si longtemps. Nos pas se faisaient plus lents au fur et à mesure que nous nous rapprochions de son quartier. Nous semblions de moins en moins sûr du chemin sur lequel nous allions nous engager. Arrivés devant une passerelle, ma main avait sorti mes enveloppes. Ma bouche coassa un pathétique « Mle. Lee, je crois que ceci est pour toi » que le vaste espace entre les immeubles me sembla transformer en un cri. Christine se raidit, détourna la tête, resserrant ses épaules, ses bras semblant se couler sous sa poitrine, ses longues mains effleurant son ventre et ses hanches. Sa main droite me tendit ses propres enveloppes puis se saisit des miennes. Un concert de déchirement et de froissement de papier résonna. Un regard m’enleva tout doute à propos de ce que j’allais faire dans les prochains jours… dans les prochaines années… « Négatif » un simple mot répété imperturbablement sur plusieurs lignes. Ce mot, qui en langage amoureux posait une muraille infranchissable, abattait cette nuit des mois de tristesse et d’incompréhension pour les remplacer en moi par la naissance d’un espoir palpitant. Je relevais mes yeux pour deviner un large sourire pincé derrière le voile de son masque de papillon. Elle venait de lire ce même mot et j’ose croire qu’il lui inspirait les mêmes pensées. « Te sens-tu prêt ? » me lança-t-elle. Je lui pris les mains. « Oui, si tu me fais assez confiance pour m’appeler chaque fois que ce sera nécessaire. Je l’aimerai quoi qu’il arrive. Je ne le rejetterai pas, jamais. Parce qu’il sera ton enfant. Est-ce que tu me crois ? » répondis-je. « Oui… ça oui… » répliqua-t-elle avant de s’élancer sur la passerelle. Je ne pouvais ni ne voulais attendre davantage d’elle, je la suivis docilement d’un pas léger et la conversation reprit jusqu’à son appartement.

    Une porte à code céda sous ses doigts fins, une volée de marches en bois défila sous son ombre, une porte carmin s’effaça devant sa silhouette. D’un hochement de la tête elle m’invita à entrer chez elle. Le temps n’avait pas été clément et malgré nos costumes nous avions fini par sentir la morsure de la fraîcheur bien avant d’arriver. Mes doigts engourdis me dictèrent la conduite à suivre. « Si cela ne te dérange pas je voudrais faire couler un bain. Cela nous fera du bien. » Elle ne releva pas le lapsus et répondit simplement : « Tu peux. Veux-tu que je te serve quelquechose pendant ce temps ? ». « Oui, je prendrai bien un chocolat chaud. » Elle sourit et s’éclipsa vers sa chambre pour y déposer ses affaires. La salle de toilette était restée telle que dans mon souvenir… avec un petit plus décoratif posé sur le rebord de la baignoire… cet adorable canard rose. Je le saisis, tournant l’interrupteur du meilleur camarade de jeu de nombreuses jeunes célibataires. Les pulsations qu’il émit étaient fortes, le bruit du moteur bien net, sa pile était neuve… il allait bientôt se rendre utile ce petit voleur de demoiselles. Je le coupais, le dissimulais sous mon chapeau posé avec ma cape sur une chaise puis tournais les robinets afin d’obtenir une eau chaude mais pas trop, nouant du bout des doigts. Catherine apparue dans l’encadrement de la porte, portant une tasse avec précaution. Je me préparais à enfin enlever mon masque de hibou quand elle arrêta mon geste en quelques mots : « Attend !… Attendons encore un peu. » Etait-ce par jeu ou refusait-elle de savoir ? L’expression de son regard était si troublante que je n’osais pas insister. « Si tu le permets, je voudrais tout de même déguster ce que tu m’as si aimablement préparé. J’en profiterai pour me mettre à l’aise. » fis-je avec un large sourire tout en soulevant mon chocolat. Et l’astre de mes nuits s’éclipsa. J’avais de nouveau peur de lui déplaire, qu’elle me trouve dirigiste, arrogant ou macho. Si je n’avais pas été persévérant, je n’aurais pourtant pas été invité ici ce soir. Aurai-je dû m’affirmer plus il y a quelques mois ? exiger au lieu de discuter ? n’avions-nous pas perdu un temps précieux ? En me rappelant nos échanges de ce soir, je me souvins que non, nous n’aurions pas été prêts; elle parlait alors essentiellement d’elle, elle n’était pas aussi ouverte aux autres, ni aussi disposée à les écouter qu’aujourd’hui; de même je n’étais pas aussi opiniâtre à défendre mon point de vu, ni à imposer mes décisions. Nous avions mûri.

     Je fermais la porte, sortais les photophores du revers de ma cape, les installais le long des murs entourant la baignoire et boutais le feu aux mèches. J’éteignais la lumière et me déshabillais presque complètement, ne gardant que mon masque et mon substitut à la feuille d’Adam. Son jouet restait à portée de main mais pas en évidence. Je respirais lentement, cherchant à me détendre pour être prêt à l’accueillir, m’imprégnant des odeurs de cette pièce et du parfum des photophores qui commençait à devenir entêtant, un parfum dont j’avais l’assurance qu’il lui plairait. Je l’attendais les sens en éveil, attentif aux signes de sa présence quotidienne, lucide sur sa proximité et son approche fébrile de la pièce où je me trouvais. Elle poussa la porte. Aucune lumière ne brillait dans le couloir et seul l’éclairage provenant de sa chambre révélait qu’elle ne portait plus que son papillon et une serviette nouée aux hanches. Mon cœur chavira encore mais cette fois-ci je l’accompagnais. J’aimais cette magnifique jeune femme qui me cherchait du regard avec le mouvement de tête si caractéristique de ceux qui ont eu l’habitude de porter des lunettes. Elle avait toujours cet air vulnérable dans sa manière de bouger. « Ton bain est prêt. J’espère qu’il te plaira. » ai-je prononcé en lui tendant la main pour l’accompagner vers son bain. Elle se laissa faire, enjambant le rebord de la baignoire avec grâce, n’approchant pas des flammes, exhibant au passage sa cheville à laquelle était attaché un bijou-fantaisie que je lui avais offert à l’époque lointaine où nous étions de simples collègues. C’était sa manière discrète d’afficher qu’elle n’était pas dupe de mon identité.

     Catherine abandonna sa serviette et se glissa doucement dans l’eau. Je m’assis à côté de la baignoire, pouvant survoler son corps avec mes mains de sa tête à ses jambes. Nous commençâmes à murmurer quelques compliments, à flatter nos épaules et nos bras du revers de la main, à caresser nos cuisses de nos doigts. A la lumière des bougies, je voyais son sourire, ses beaux yeux grands ouverts, plantés droits dans les miens comme elle n’avait plus osé le faire après avoir appris mes sentiments pour elle. L’atmosphère était électrique, prête à basculer, mûre pour ce que nous attendions tous les deux. Je lui demandais de fermer les yeux et de se détendre. Elle s’exécuta, s’étendit de tout son long, basculant la nuque sur l’émail, sa chevelure détachée pendant au-delà du rebord, affichant un sourire tranquille que je ne lui connaissais pas. Je lui effleurais l’épaule du bout des lèvres, caressant ses joues et sa gorge de la main gauche pendant que ma droite servait de nid à l’objet rose en parcourant son flanc, sa hanche et son ventre avant de finalement le délivrer dans sa main droite… Je voulais être certain qu’elle prendrait autant de plaisir que moi à ce que nous ferions. Quand elle compris ce que je venais de faire, elle inclina la tête vers moi. Je la regardais sans détourner le regard activant le petit être mécanique et guidant  sans main vers l’endroit où il serait le plus utile. Elle s’installa alors, inclinant ses hanches, relevant un genou hors de la surface, calant sa nuque de la main gauche. Puis pendant de longues minutes je la caressais, la frôlait et la baisait, lui prodiguant autant de tendresse que possible tandis que son corps se faisait l’écho des vibrations de son si serviable canard. Ses épaules oscillaient, sa poitrine se soulevait avec ampleur, sa jambe gauche se crispait parfois et son bras droit mettait de plus en plus de vigueur afin de la satisfaire. Quant à ce qui se passait sous la surface de l’eau…, cela m’a définitivement convaincu que se réincarner en gadget de plaisir féminin promettait une existence sereine et gratifiante.

    La voir ainsi m’excitait de plus en plus, mes gestes devenaient plus intéressés, moins doux. Je caressais ses seins, léchais ses auréoles, mordillais son cou, ses épaules, ses bras. Je voulais serrer sa poitrine contre la mienne, je voulais la déposséder de son souffle, je voulais coller son ventre contre le mien, je voulais qu’elle ne soit qu’à moi, je voulais… je voulais… lui appartenir… maintenant ! Je m’éloignais quelques instants de Catherine afin de libérer la chaise de ce qui l’encombrait puis je revenais vers elle pour loger sa tête entre mes bras et l’embrasser avec une fougue que je ne me connaissais pas. Elle y répondait en me saisissant fermement la nuque et en m’opposant un baiser d’une douceur qui me fit fondre. Je m’en détachais et, posant mon front sur le sien, je lui demandais : « Quand ? » Elle me sourit et les yeux mi-clos me dit : «  à ton avis ? » Je glissais mes mains autour des siennes alors qu’elle abandonnait son courageux ami rose pour émerger de l’eau. Elles montèrent le long de ses bras, se coulèrent autour de son buste, flattèrent ses hanches, ses fesses… son ventre brûlant. Dans ce même temps, ses mains dessinaient mes épaules, ma nuque, mes lèvres, caressaient mon dos, découvraient mes fesses en repoussant le peu de tissus qui m’avait couvert jusqu’ici. Elle agrippa fermement mon bassin et m’incita à m’asseoir sur la chaise. Je frissonnais au moment où elle m’enjambait pour nos ventres se touchent. Je perdais toute force quand ses doigts s’infiltrèrent possessivement entre nous pour me guider. Je pouvais à peine toucher ses cuisses sans avoir l’impression de me brûler. Je réussis tout juste me blottir contre elle alors qu’elle soupirait en amorçant notre premier contre-temps. Puis ce désir paralysant se transforma doucement en source de puissance, le contre-temps saccadé en ondulation passionnée. Lentement nous nous livrâmes sans aucun contrôle pendant que les lumières s’éteignaient les unes après les autres. Nous étions devenus un torrent de lave rougeoyante, elle et moi nous mêlant sans tabou, nous coulant l’un contre l’autre, ne souffrant plus que d’être séparés, de perdre cette chaleur qui nous embrasait et que nous avions en partage. Nos étreintes continuèrent sur son canapé à la lumière chaude d’un réverbère et finirent tendrement dans son lit, éclairées par la veilleuse bleutée de son ordinateur.

     J’ignore encore pourquoi nous nous sommes réveillés avec nos écharpes de soie nouées chacune à un poignet et comment ma tasse de chocolat a été consommée, mais  ce que je sais c’est que pendant quelques instants nous n’avons pas osé bouger de peur de briser le charme. Mais si je voulais réellement l’accompagner dans son projet de maternité, il fallait que nous allions plus loin qu’une nuit. Ma belle reposait encore lovée entre mes bras, les yeux fermés. Après avoir longuement caressé ses traits et son corps, je me décidais à rompre le silence :

- Christine ?

- Oui ?

- J’ai aimé cette nuit avec toi.

- Moi aussi Camille, dit-elle en se retournant pour me faire face.

- Quoi qu’il arrive, je serai là quand tu auras besoin de moi.

- Je sais, dit-elle en me touchant le visage de la main.

A midi nous nous regardions enfin sans masque. Christine me parlait de nouveau, j’osais enfin croiser mon regard et elle acceptait ce que j’avais encore la liberté de lui offrir malgré les risques que cela comportait. Chacun d’entre nous avait fais ses choix, était prêt à les assumer et quelques mois plus tard je suis devenu l’heureux parrain de son enfant. Inutile de me juger, je l’aime comme elle est. C’est tout ce qu’il y a à savoir.

Camille

Galstar