« Foin du point G ! »
Je vous laisse découvrir l’argumentation de Ian Kerner, docteur en sexologie clinique, concernant le point G, dans son livre Elle d’abord… Petit guide à l’intention des hommes pour faire plaisir aux femmes (éd. Les presses libres, 2006), pp. 75-77. Il s’agit du chapitre 11 du volume…
« Parlons un peu du mythique point G. A partir du méat urinaire, s’enfonçant jusqu’à une profondeur de cinq centimètres dans la vessie, l’urètre sert d’abord et avant tout à l’évacuation de l’urine. L’urètre est entouré d’un corps spongieux qui se remplit de sang durant l’excitation et qui le protège contre la friction de la pénétration. Cette zone de tissus spongieux est aussi connue sous le nom de point G, ainsi baptisée en 1944 en l’honneur du docteur Ernst Graffenberg, qui l’a décrite comme une « zone érogène […] située le long de la surface sous-urétrale de la paroi vaginale antérieure. » En termes plus simples, le docteur Kinsey a écrit : « La plupart des femmes qui ont perçu une réaction ont constaté que la sensibilité était circonscrite en un certain point, généralement sur la paroi supérieure du vagin, tout près de l’entrée de celui-ci. » Malgré tout le cas qu’on en fait, le point G pourrait n’être rien de plus que les racines du clitoris qui croisent l’ « éponge urétrale ».
Même s’il est sensible à la stimulation – mais avec beaucoup moins de terminaisons nerveuses que le gland du clitoris -, le point G réagit normalement à une pression de massage plus insistante. Il n’est pas rare que, sous l’effet de ce massage, la femme éprouve brièvement l’envie d’uriner.
On a émis un tas d’élucubrations à propos de la différence entre l’orgasme du clitoris et l’orgasme du point G, certains avançant que ce dernier est à l’origine de l’orgasme vaginal, plus complet. Ce brouhaha a atteint son point culminant avec la publication en 1982 du livre The G Spot, écrit par Alice Kahn Ladas, Beverly Whipple et le docteur John Perry. Avec le recul, on peut affirmer que tout ce que cet ouvrage a réussi à faire, c’est de relancer dans le courant dominant une version bien astiquée de la théorie de l’orgasme vaginal, avec comme bonus le principe d’éjaculation féminine. Bien entendu la notion de point G s’imbriquait parfaitement dans le discours « pénétrationniste », et donnait à la pénétration vaginale une nouvelle raison d’être. Tout cela est-il révolutionnaire… ou plutôt réactionnaire ?
[…] Toute cette théorie opposant l’orgasme vaginal complet à l’orgasme clitoridien immature est au départ une construction de l’esprit fallacieuse, promulguée par Freud, perpétuée par ses disciples, et réinventée de manière sensationnaliste sous la forme du point G. Même si l’éponge urétrale est vraiment attachée à la paroi supérieure du vagin, elle est néanmoins considérée comme faisant partie intégrante du réseau clitoridien, et non pas comme un élément distinct du vagin destiné au plaisir. Un orgasme du point G, comme tous les orgasmes de la femme, est un orgasme du clitoris, puisqu’il fait appel au même réseau. »