2011

On ne peut quand même pas refuser un salon de l'érotisme

Stephanie

Publié le 8 janvier 2011

Infos coquines et insolites

Article publié en 2011. Le contenu peut refléter l'état du marché à cette époque ; certains produits cités ne sont plus disponibles.

Le bien public, dans son magazine en ligne, interroge la venue du salon de l’érotisme à Beaune qui ne laisse apparemment pas la population indifférente. Premier salon du genre dans cette ville, ce salon de l’érotisme Eropolis se tient aujourd’hui et demain au parc des expositions.

Dans un article daté d’hier, le 7 janvier, Le bien public titre : « Coquins, polissons et travail comptable… » et, en première ligne, note ceci : « Beaune accueille un salon de l’érotisme. Une manifestation aux éventuelles retombées économiques non négligeables. » On l’aura compris : le salon de l’érotisme est avant tout une manne financière.

Mais cet intérêt financier doit-il servir de justification à la tenue du salon ? Doit-on s’excuser de proposer un tel salon, en disant qu’on ne peut pas refuser cet apport financier, même si… Même s’il s’agit d’érotisme. Car c’est ce que nous lisons entre les lignes, chacun s’excusant du thème du salon en mettant en avant l’argent providentiel nécessaire en situation de crise.

Dans un article d’aujourd’hui, 8 janvier, le salon de l’érotisme ne fait pas l’unanimité, sa présence « fait débat ». L’article précise ceci : “« Ce sont presque les seuls à payer en avance, et ça permet de ­remplir le calendrier », glisse Jean-François Champion, président du palais des ­Congrès, très sollicité sur le sujet ces derniers temps.” Il faut bien combler les dates libres, il faut bien récolter de l’argent. Deux raisons pour accepter le salon de l’érotisme, l’argent étant, selon un autre article citant un adjoint au maire, primordial : « En période de crise et en période creuse, on ne peut pas se permettre de refuser un salon, que ce soit de l’érotisme ou d’autre chose. »

Seulement il ne s’agit pas d’autre chose, il s’agit d’érotisme et le thème semble tout de même beaucoup déranger. Jusqu’à mettre en avant les enfants, pauvres enfants victimes de l’affichage : “« C’était quand même assez explicite. Pour les enfants, ce n’est pas idéal », indique un jeune père de famille.” Rappelons en quoi consiste l’affiche en question : nous voyons un couple, avec l’homme torse nu et la femme nue mais avec une coupure nette qui fait que l’on ne voit pas grand chose, une esquisse de fesses et même pas sa poitrine. Pour le coup, le journal télévisé que les enfants ne manquent peut-être pas de voir et les publicités pour n’importe quelle marque de parfum en montrent autant, si ce n’est plus. J’aime beaucoup le pseudo-argument des pauvres enfants, asséné régulièrement.

(Faut-il préciser que la nudité, même complète n’a rien de choquant en soi, que les petits enfants eux-mêmes lorsqu’ils naissent sont nus et que la pudeur, la honte des corps nus, est avant tout une construction sociale ? Que c’est l’œil de l’adulte, en mettant en garde, en voilant un bout de sein, en s’emportant contre un bout de peau visible, qui construit l’interdit chez l’enfant, une image négative de la nudité, et… une érotisation de cette même nudité ?)

Bref, l’argument de choc contre la tenue du salon, dans l’article précédemment cité, est le fait que le salon de l’érotisme ne serait pas si « soft » mais qu’il s’agirait de pornographie : “Sylvie Martin, opposante en chef, […] : « Si c’est comme à Besançon, la pornographie sera bien présente. » Un aperçu de la page d’accueil du site Web des organisateurs suffit à lui donner raison : la frontière est mince.”

La frontière est peut-être mince (et encore ?), mais elle existe, et elle existe surtout dans le regard qui est porté. Tout dépend de ses propres frontières, de son éducation, de sa culture. Et au lieu d’annoncer qu’il s’agit de pornographie, mieux vaut sans doute laisser juger chacun. Que l’on se rapporte au site d’eropolis qui est incriminé : de la pornographie, vraiment ?