PAYER POUR FAIRE L’AMOUR, par Littletom : littletom.canalblog.com
Contrairement à ce que pourrait laisser entendre le titre, je ne parlerai pas ici de relations avec des femmes (la plupart du temps) qui vendent leurs charmes ou leurs prestations à des hommes (mais aussi des femmes) à la recherche d’un plaisir qu’une relation « normale » ne peut leur procurer.
Je ne parlerai pas non plus ici des sextoys, sujet largement commenté par d’autres.
Je tiens simplement à évoquer ces médicaments destinés aux hommes confrontés à des difficultés d’érection. Vous aurez bien entendu reconnu le VIAGRA® et le CIALIS®, pour ne citer que les deux plus connus. (N’ayant jamais utilisé les pompes et autres injections intra-caverneuses, je les écarte volontairement de la discussion)
Pour ceux qui n’auraient pas eu connaissance de mes précédents billets, je rappelle simplement que je suis séropositif au HIV et que je suis sous trithérapie, ce qui implique de nombreux effets secondaires dont certains liés à la sexualité.
Il y a quelques années, j’ai vécu de graves dysfonctionnements érectiles : bander devenait de plus en plus difficile, voire impossible dans certaines situations. Et quand l’érection se faisait, la conserver devenait l’autre priorité.
Face à cette situation, et après quelques analyses médicales, des petites pilules bleues m’ont été prescrites : D’abord du Viagra puis ensuite du Cialis.
Je dois admettre que l’effet annoncé et espéré était bien là : Une érection franche et massive qui dure le temps nécessaire à des ébats normaux.
Si les effets secondaires (bouffées de chaleur, légers troubles de la vision, rythme cardiaque qui s’accélère légèrement) ne sont pas à prendre à la légère et viennent perturber quelque peu nos moments de plaisir, ils n’entament en rien la satisfaction personnelle de pouvoir à nouveau bander.
Malheureusement, deux gros points noirs viennent entacher ce nouveau plaisir.
Le premier concerne la prévisibilité de l’acte.
En effet, pour qu’ils soient efficaces, ces traitements doivent être pris entre 1 et 3 heures avant l’acte sexuel, acte qui n’a plus rien de spontané.
Il faut prévoir à l’avance les ébats du soir et, si l’on vit en couple, prendre en compte les dispositions de sa (son) partenaire.
Le Cialis ayant une durée d’action plus vaste (presque 24h) après son ingestion, il permet néanmoins d’atténuer cet aspect « programmation » des relations sexuelles.
En réalité, l’aspect le plus négatif de ces traitements est leur coût exorbitant.
Non seulement, ils ne sont délivrés que sur ordonnance, non seulement il faut oser aller les acheter à la pharmacie mais en plus il faut débourser des dizaines d’euros pour les obtenir.
Et pas question d’un quelconque remboursement par la Sécurité sociale qui ne limite sa participation qu’à des cas extrêmement limités qui ne doivent concerner qu’une poignée d’assurés en France.
Suivant les prix pratiqués par les officines, la prise d’un comprimé revient à environ 15 € (pour une boite de 4) et un peu moins si on peut se permettre d’acheter une boîte de 8 comprimés)
Certes, l’amour et le plaisir n’ont pas de prix et une érection digne de ce nom non plus. Mais pourquoi faut-il que des hommes déjà pénalisés physiquement et moralement le soient aussi pécuniairement ?
Il est choquant que des hommes handicapés à la suite de maladies graves ou de tragiques accidents doivent en plus faire les frais de recherches médicales censées leur améliorer le quotidien.
Faire l’amour doit rester un acte gratuit.
Dépenser de l’argent pour le faire doit rester exceptionnel et limité à ceux et celles qui font librement ce choix.
Ce sont toutes ces considérations (ainsi qu’un peu de travail sur moi et un changement de traitement) qui ont fait que j’ai pu progressivement me passer de ces pilules bleues, et je n’en suis pas peu fier. Mon érection n’est pas toujours au top mais elle a le mérite d’exister sans aucune aide chimique ou médicale.
Malgré tout, je garde une pensée émue pour tous ces hommes qui n’ont pas cette chance et qui sont encore et toujours obligés d’ouvrir le porte-monnaie pour bander.