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Blog Galeries des artistes » A bicyclette
27.05.2008 19:36:07
A bicyclette

À bicyclette



Quand on partait de bon matin, quand on partait sur les chemins, à bicyclette, nos coeurs avaient grandi peut-être, on oubliait les bons copains. Plus de Fernand ni de Firmin, plus de Francis, de Sébastien. Nous préférions les tête-à-tête.

 

Les jours d'été étaient sans fin et nous n'avions besoin de rien. Un peu d'eau fraîche, un peu de pain ; nos bicyclettes. Tu ne portais sur toi presque rien, une courte robe qui ne te cachait ni ne te montrait, qui laissait juste deviner. Toujours un bouton pour bâiller ou une bretelle qui glissait... Et au-dessous, nulle vanité, coton tout simple, coton tout blanc. Je fixais vite fait le panier, toi tu laçais tes sandalettes, nous enfourchions les bicyclettes et le beau jour clair nous happait. Sur les petits chemins de terre nous défiions la gravité, nous naviguions, libres comme l'air, ou côte à côte ou moi derrière. Nous parlions peu, à certaines heures il faut se taire, mais nos sourires étaient radieux et nous les savions éternels.

 

Le soleil était sans rival, il régnait seul et flamboyant. Les cigales sussuraient, les grillons craquetaient, quel tintamarre cela faisait ! Dans l'air tremblant et asséché, de gros insectes nous frôlaient. Dans nos oreilles, leurs lourds bourdons, leurs zézaiements. Nous pédalions sous les futaies, de par les champs et les sentiers, passant de l'ombre à la lumière, et de l'éclat éblouissant aux sombres et douces frondaisons.

 

Et chaque fois nous haletions, saisis de froid, saisis de chaud. Dans les roues de nos bicyclettes venait s'emmêler la lumière en un entrelacs de rayons, soleil d'acier enchevêtré. Nous chevauchions des astres en feu, vagabonds en révolution aux trajectoires elliptiques.

 

Là où j'avais connu l'enfer, je ne me souciais plus des ornières. Chaque tour de roue comme une année, je regardais. Te regardais. Le souffle de notre aimable course enivrait le bas de ta robe, envolait le tissu frivole. Le volant léger s'égayait, tes longues jambes se dévoilaient. Muscles fuselés de tes cuisses, triangle rond de tes mollets, arête vive du tibia, et le jeu gracieux de ton pied à chaque tour de pédalier.

 

Je frémissais, je défaillais, adressais des prières au vent. Combien de fois suis-je tombé à trop vouloir te regarder ! Tu te gaussais, tu me raillais. Méchante fille de facteur ! Tu ne daignais pas t'arrêter, tu m'exhortais à me presser. Moi j'engueulais ma bicyclette et m'empressais de me relever. Je pédalais avec ardeur, te poursuivant dans la chaleur, avec pour unique horizon ta silhouette et ton chignon, les mèches humides dans ton cou, ton dos vaillant. La brise d'été n'y pouvait mais, ta robe collait à ta peau, de ta nuque d'or à tes reins chauds, buvant ton eau.

 

Quand on approchait la rivière, on déposait dans les fougères nos bicyclettes, puis on se roulait dans les champs, faisant naître un bouquet charmant de sauterelles, de papillons et de rainettes. Nous jouions un petit moment. Enfin, repus d'efforts, l'haleine courte, nous nous abandonnions au ciel, le jeu cessait. Nos yeux faisaient le plein d'espace, la terre nous emplissait de force.

 

Entre les deux, brassé, flottant, notre esprit était aérien. La tête nous tournait.
Pris de vertige, nous nous cherchions, tendions nos bras nus à tâtons. Ma main s'égarait par mégarde dans une bretelle de ta robe ou un pli de sa boutonnière, tes doigts glissaient dans mes cheveux. Ce contact nous ranimait. On se tournait, on s'asseyait, je t'attirais tout contre moi, tes jambes en liane serrant mes hanches. On s'embrassait. Nos lèvres se touchaient à peine, on se goûtait du bout de la langue. La tienne était si joliment pointue ! Et on prenait tout notre temps, on s'arrêtait même, souvent, pour puiser dans les yeux de l'autre ce qu'on sentait pousser en soi, ce même élan, cette émotion, ce sentiment.

 

Tu étais belle en cet instant, et j'aimais ton regard fuyant qui du mien aimait la franchise. La promesse de ce qui allait suivre mettait du trouble dans tes gestes, ta tête penchait, tu t'esquivais, tu mordillais tes lèvres rondes. Sur ton visage aux joues rosies se lisait l'impudeur coquine que tu redoutais d'avouer. Enfant bravant quelque interdit, le plaisir était dans l'audace !

 

Nos mains enfin n'y tenaient plus, nos corps non plus. Toute caresse était décisive, nulle frontière à nos baisers. Nous oubliions nos bonnes manières et nous nous faisions incendiaires, vecteurs de fièvre, cracheurs de feu. Nous ne pouvions rien contrôler, ne voulions plus rien maîtriser. Poitrines pressées l'une contre l'autre, nous refusions de nous lâcher, le moindre écart était supplice.

 

Je caressais ton dos, tes cuisses, et quand tu me sentais tout près, que je touchais le coton simple, le coton blanc, le coton fin, tu souriais, te relevais et plongeais tes yeux dans les miens. Dans ton regard, aucune fuite, ton impudeur triomphait toute ! Et moi, parmi mes habits moissonnés, j'étais soufflé, sonné, remué. Je me sentais au bord de pleurer et incapable de le cacher.

 

Alors tu me savais vaincu, conquis, esclave. Tu m'achevais. Deux pouces osés sous l'élastique, une torsion, un déhanchement, le tissu glissait de tes hanches, descendait jusqu'à tes chevilles, frottant tes jambes dans un frou-frou. J'étais perdu, éperdu, dévasté. Je ne savais même plus où j'étais. Il n'y avait que toi et moi, ton regard dans le mien planté, planté profond jusqu'aux tréfonds. C'est alors qu'on se le disait : je t'aime.

 

Parfois, doucement tu t'avançais, tes doigts légers dessus ma nuque tu me guidais, faisais franchir à mon visage le liséré. Ta main m'invitait sous ta robe pour le baiser secret. Comme je t'aimais, alors, écrasé sur ton ventre chaud que gonflait ton souffle oppressé, précipité. Je t'embrassais de tout mon cœur, avec ferveur. Mes mains, de l'arrière de tes cuisses, passaient sur l'ovale de tes fesses pour s'en aller trembler, vibrer, sur le cours pentu de tes reins. C'était ma récompense.

 

Tu t'arrachais à mon baiser, redescendais des altitudes, revenais te nouer à moi. Je te reprenais dans mes bras et tu sentais sur ta toison battre ma force, mon sang. Tu te l'appropriais. Ta main agile l'allait chercher et la saisir pour l'emmener, pour la cacher, la blottir dans le creux joli, le pli soyeux. Tu haletais à son approche et gémissais à son entrée.

 

Et à nouveau l'on s'enlaçait, à nouveau l'on se regardait, l'on s'embrassait, à pleine bouche désormais. Ta robe si fine nous gênait, je la troussais, la relevais, elle passait par-dessus ta tête et finissait dans un fourré. Nos peaux nues enfin se touchaient, on se laissait aller à crier, et plus rien ne nous retenait que nos deux bassins abouchés.

 

Nous roulions et roulions dans l'herbe, passant de l'ombre à la lumière, les orteils fichés en terre, les fesses piquetées de graminées. Dans l'or liquide du soleil, ton corps tout entier étincelait, pellicule d'eau sur tes épaules, ta gorge, ton dos, sur ton visage, tes joues, ton front, sur les arêtes de ton nez et tes paupières closes. Dans ta chevelure en désordre, le souvenir d'un chignon.

 

Tes seins brûlants, moites et beaux, luisaient, glissaient, entre mes doigts et sous mes lèvres. Ils s'agitaient et frémissaient au gré follet de nos ébats, et me laissaient un goût salé. Quand, d'une bascule l'autre, usant de tout mon poids, je me penchais sur toi, je prenais le dessus et t'épinglais sous moi.

 

Tu ne pouvais lutter et ne le voulais pas. Là, je me faisais fort, là je me faisais lent, et long et grand. Lentement je m'effaçais, presque à me retirer, pour mieux m'en revenir, tout doucement, tendrement, endurci par l'exil, embelli par l'absence, exalté par l'attente. Oh, tu m'aimais, alors, et j'étais un seigneur ! Je n'étais plus un homme, j'étais l'Homme, un Héros, Demi-Dieu, invincible ! Le temps n'était plus rien, nous étions de retour au Jardin.

 

Jusqu'à ce que l'Êve en toi nous damne de plus belle, nous renvoyant au monde, réduits à matière brute, animaux de passage, bêtes, vauriens. Viens ! Viens ! disais-tu. Sois puissant, sois rapide ! Viens !

 

Et je t'obéissais, je libérais la foudre. L'orage nous emportait, sans pensée ni raison. Animaux. Innocents.
Après...
Que dire ?

 

Nous restions étendus, assommés, silencieux. Ton souffle était profond, tu semblais apaisée. Je gisais sur ton flanc, j'étais plus mort que vif, pas encore de retour, pas tout à fait présent, rechignant à rentrer, à recréer le monde.
C'est toi qui me ramenais, rallumais ma conscience, me rendais à la vie. Tu me tirais, me poussais, je grognais, je luttais, mettant dans la balance toute mon inertie. Peine perdue, vain défi, tu gagnais à chaque fois.

 

Le bruit de la rivière nous remettait sur pied, nous allions nous baigner. Sur nos peaux surchauffées, les flots étaient de glace. Nous criions, chahutions, et nous riions beaucoup. Puis l'on sortait de l'eau, le soleil nous séchait, nous cuisait comme poteries, l'on mangeait, l'on dormait...

 

Au bout d'une heure ou deux, je croisais ton regard, le retrouvais intact, à l'unisson du mien, pétillant, lumineux, autant que tout à l'heure. Nous roulions derechef dans le pré, dans l'ombre et la lumière, et nos cris, mots d'amour, amour rauque, n'avaient pas de témoins mais cent mille musiciens. Oiseaux, grillons, cigales, abeilles, nous nous aimions dans leur vacarme.

 

Quand le soleil à l'horizon profilait sur tous les buissons nos silhouettes, on revenait, fourbus, contents, le cœur un peu vague, pourtant, comme pris d'un sentiment de perte. L'allure de nos bicyclettes n'était plus tout aussi alerte. Tu allais comme toujours en tête, je suivais plus laborieusement. Ma place n'était pas mauvaise, la selle soulignait tes fesses, rehaussait leur dessin charmant, et je n'en perdais pas une miette.

 

Il arrivait que ta culotte soit perdue à jamais, pour toujours donnée aux fourrés, et tu rentrais nue sous ta robe. Tu n'en étais pas trop chagrine, cuir chaud est l'ami des coquines. Moi l'idée m'était un régal, cela perpétuait le jour. Je regardais ce rond fessier, songeant à ce que nous avions fait. Je rêvais. Était-ce bien toi, tantôt, qui, dans mes bras... ?

 

Mais voilà que le jour sans fin finissait. La voûte d'azur s'assombrissait et le chemin s'élargissait, devenait route. Les terres sauvages s'éloignaient.
Cela t'effrayait. Tu ne voulais pas que cesse l'instant, que passe l'heure de s'aimer. Ça t'attristait, tu en pleurais.

 

Jamais nous ne serons si heureux, notre bonheur sera mangé ! Le temps méchant joue contre nous, l'éternité ne dure jamais. Elle ne se donne pas facilement, me disais-tu, elle se dérobe, elle est farouche, le sais-tu ? Je protestais, séchais tes larmes, je te jurais l'amour à vie, le temps pour toujours suspendu, demain, demain et toute la vie. Tu en semblais réconfortée.

 

Tu me disais : tu as raison, demain la porte une fois encore s'ouvrira. Demain, il faudra être prêt, il faudra être vigilant. Tu souriais, tu oubliais, du moins tu semblais oublier. Et c'était ainsi chaque soir.
Et puis un jour, un lendemain, nous sommes partis sur les chemins, à bicyclette. Comme la veille et l'avant-veille. Mais ce jour-là tu étais prête, et bel et bien, vraiment fin prête, et la rivière était si belle...

 

Ce jour-là, tu t'es décidée. Quelle surprise de ne plus te voir ! Je t'ai appelée, j'ai rigolé. Un nouveau jeu, ai-je songé. Je t'ai cherchée. Et même après qu'ils t'aient ramenée, j'ai été longtemps incrédule, je t'ai cherchée bien des années. Mais j'ai bien dû me résigner, l'éternité t'avait emmenée. Lui as-tu seulement laissé le choix ? Te connaissant, certainement pas. Tu étais si bien accrochée qu'elle n'a pas pu te rejeter.

 

J'aurais sans doute dû vous suivre, me jeter à l'eau moi aussi. Je n'ai pas osé, je n'ai pas suivi. Je suis resté sur le rivage.
Ça fait longtemps que tu as fui. Et moi je suis encore ici. Et les futaies, et les sentiers, et la rivière sont là aussi. Je crève d'envie de t'imiter mais le chemin m'effraie encore. Encore un peu.

 

Je me dis que c'est pour demain. Je penserai très fort à toi, je partirai. Je suivrai nos traces d'antan, les vieilles ornières, les peupliers. Je penserai très fort à toi, ce sera bien, je ne craindrai rien. Tout alors sera comme avant et tu seras à mes côtés. Je me dis que c'est pour demain. J'oserai... J'oserai, demain...

 

Quand on ira sur les chemins, à bicyclette.


Proposé par Pirlouit