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Blog Galeries des artistes » Concours d'écriture érotique 2012 » Concours d'écriture érotique 2012 - texte 7 de Ian Cecil
19.03.2012 10:04:56

La 7e participation au concours d'écriture érotique de Neoplaisir et de la collection e-ros vient de nous parvenir. Il s'agit d'un texte de Ian Cecil.

 

 

Le naturisme dans tous ses États


2048. Depuis le début de l’année, les fêtes sont devenues obligatoires. Je me rends chez la responsable assermentée de mon quartier. Bien que les vies de couple tombent maintenant sous le coup de la loi, tous mes voisins se réjouissent des mesures prises par le nouveau gouvernement.

J’entre. Je n’avais pas vu une seule femme depuis deux mois. Les vêtements étant proscrits par la loi du 13 mars dernier, elles portent toutes les sous-vêtements officiels. C’est la première fois que je les vois. Des servantes me déchargent des boissons que je me suis cru obligé d’apporter. Leurs corps sont intégralement nus. Leur croupe est fardée. Des marques laissées par des lanières leur strient le dos. Ainsi, on ne m’avait pas menti : ce sont les nouvelles modes, en matière d’érotisme féminin. Du fard à la place de la soie, du nylon ou du cuir, cela va pour les soubrettes ; les femmes les plus tendance, elles, s’étaient présentées dans le plus simple appareil : la dernière mode était la lingerie invisible. L’homme qui ne la voyait pas lorgnait crûment les corps nus ; ceux qui percevaient sa texture et les sensations qu’elle provoquait à la manière qu’avaient les femmes de la porter pénétraient dans l’univers de la lingerie cérébrale, le tout dernier cri de l’érotisme soft.

Le roman d’un écologiste publié vers 2011 prescrivait le naturisme : une génération plus tard, il était devenu la règle. La nudité serait écologique. La loi était sans appel : tous les invités étaient nus. Désignant le mur de la salle principale dont la blancheur nous éblouissait, la maîtresse de maison, un peu engoncée dans sa lingerie devinée, vantait l’œuvre d’art la plus impressionnante de la décennie. Si le tableau blanc sur fond blanc avait révélé l’art à ceux qui, au xxe siècle, croyaient le connaître ; au xxie, c’était l’œuvre invisible qui révélait par sa propre absence la densité transcendantale de l’art, telle une lingerie futuriste sur un corps de femme dont la virtualité révélait le potentiel de désir et de polyandrie. Notre hôtesse, en verve et pleine de fougue, respirait vite : sa poitrine semblait écrasée sous le tissu d’un soutien-gorge de mauvais goût.

Masquant la terreur qui me gagnait, à l’idée que la folie était devenue la norme, dans une démocratie dont le caractère totalitaire échappait à tous, je passai dans la bibliothèque, où une nouvelle foule toujours nue admirait un livre unique placé sur un socle cylindrique. Épais comme une Bible de la Renaissance, il était présenté avec orgueil par le maître de céans comme le symbole du renouveau du livre. Après la crise de 2045, qui avait vu s’effondrer la très haute technologie, en raison du manque de matières premières indispensables et une fois imposée la transition énergétique et industrielle, le livre était revenu à la mode. Le livre nu. L’objet qui était offert à notre admiration contenait mille cinq cent pages, toutes d’un blanc immaculé. C’était, nous révélait cet Adam cultivé dans une sorte d’orgasme, ne cherchant pas à masquer l’érection que lui inspirait cette exhibition, le Livre des Livres, qui subsumait tous les autres. Après Lui, aucun livre ne pourrait prétendre parvenir à cette parousie du savoir, de la littérature et de la poésie. En effet, l’hallucination était époustouflante : hypnotisés par les pages tournées avec régularité, les invités s’extasiaient sur les mille feux d’artifice explosant à la fois à l’intérieur des pages, saturant simultanément l’intelligence et l’imagination.

Je titubai jusqu’à la terrasse, où j’inspirai plusieurs fois l’air frais et sec d’une nouvelle nuit sans nuages, tout en me retenant de frissonner, afin qu’on ne prît pas mes tremblements pour une critique implicite à l’égard du pouvoir.

Ayant admiré des corps de femmes jusqu’à la nausée, moi-même frustré comme presque tous les hommes privés de leurs épouses obligées de vivre dans des quartiers réservées, je m’esquivai en tentant de me représenter ces sous-vêtements dernier cri qui n’alimentaient malgré moi aucun fantasme. Le vide du Livre me tétanisait. Le lendemain, je m’éveillerais en sursaut, couvert de sueur, rêvant que mon corps broyé couvrait toutes ses pages de milliards de lettres incompréhensibles, telles les résilles pornographiques de notre nouvelle religion, une écologie trahie, pervertie par les « élites ».



Publié par steph
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